Unité 3 : la peur de l’échec

Dans le cadre de ces révisions avec mon fils, j’ai pris conscience que ce n’était pas contre lui que j’étais en colère, mais contre moi-même. J’étais complètement identifié à lui dans ce travail de récitation et je m’imputais à moi-même chaque réponse erronée qu’il formulait. J’étais la fautive. Et cela m’était insupportable. Je voulais gagner à travers lui, comme si je regardais un match de football ou de tennis et que l’équipe ou le joueur que je voulais voir gagner trébuchait et ratait son coup. 

  1. Le besoin de sécurité

Dans certains cas, commettre une erreur peut menacer notre besoin de sécurité. Si je rate un entretien d’embauche ou que je ne convaincs pas mon employeur dans le cadre d’une période d’essai, je risque le chômage, le manque d’argent et la précarité sociale. 

2. Le besoin d’appartenance

Commettre une erreur peut également me condamner à la solitude. Les membres d’un groupe peuvent choisir de m’exclure parce que je ne correspondrais pas aux attentes de la majorité d’entre eux. Mes erreurs seraient le signe de ma différence ou de mon anormalité au regard des règles, des habitudes, des codes ou des coutumes du collectif. 

3. Le besoin d’estime

Commettre une erreur peut également m’amener à perdre l’estime de personnes dont je valorise l’opinion. De manière implicite, les membres d’une équipe se rassemblent également autour de certaines valeurs partagées. Lorsque j’évalue (ou que les autres évaluent) que je ne suis pas à la hauteur, mon besoin de reconnaissance et d’estime est affecté. 

Il existe donc bien des raisons de craindre l’échec ou de ne pas vouloir prendre le risque de commettre une erreur. Nous adoptons même des stratégies spécifiques pour nous préserver. Nous restons dans cette fameuse « zone de confort » dans laquelle aucun risque n’est pris, répétons les gestes que nous connaissons par coeur et restons en relation avec des personnes qui ne bousculent pas nos représentations. Nous recherchons les fleuves tranquilles et les îles préservées. 

Nous pouvons également nier faire la moindre erreur : ce sont toujours les autres qui ont tort et qui doivent se remettre en question. C’est toujours à eux de s’adapter à notre vision du monde, à nos représentations ou à nos croyances. 

4. Les effets pervers de la peur de l’échec 

Dans le cadre des groupes constitués, la peur de l’échec et le dégoût de l’erreur peuvent générer des crises importantes. On cherche alors le coupable, celui dont on devrait se débarrasser pour rétablir l’harmonie ou le niveau d’excellence espéré. 

Le phénomène du bouc-émissaire correspond à cette projection sur un individu, désigné par le groupe, de tous les éléments négatifs que chacun ne supporte pas de reconnaître en lui-même. Au lieu de les intégrer comme faisant partie de soi, c’est le bouc-émissaire qui est identifié comme en étant le seul porteur. Or, chaque processus d’exclusion fait se succéder un état de félicité (“enfin, nous voilà débarrassés de la cause de nos malheurs”) à un état de dépression profond face au constat que les problèmes sont restés les mêmes et qu’ils n’étaient en rien imputables à celui que l’on a fait disparaître. 

La course à l’évaluation individuelle est un autre symptôme de cette propension qu’ont les organisations à traquer les erreurs pour tenter de les éradiquer à tout prix. La recherche du “zéro défaut” et la quête ininterrompue de l’excellence impose un idéal qui renvoie chacun à ses insuffisances et à son besoin de reconnaissance jamais totalement satisfait.

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